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D’où vient le nom ?

La notion de stress, le nom !

L’article ci-dessous est d’abord paru dans le magazine Versus N2 (http://versusmagazine.co/)

 

Stress Enfant SmallDepuis son introduction en médecine par Hans Selye dans les années 1920, le concept de stress a toujours été entouré de ce que l’on pourrait appeler un certain « flou artistique ». D’abord, parce que Selye a mis l’accent sur les stresseurs physiques (chaud, froid, contention, maladies de tout ordre, etc.) au détriment des stresseurs psychologiques, dont la grande importance a été reconnue un peu plus tard. Ensuite, parce qu’on ne distingue pas toujours de manière explicite un stress de courte durée d’un stress de longue durée, ce dernier pouvant être fort néfaste pour la santé, alors que le premier est généralement utile. Et finalement, parce qu’on doit distinguer l’agent stresseur de notre réponse organique au stress, ce qu’on ne fait pas toujours. Tentons donc l’impossible, c’est-à-dire de démêler un peu tout ça en quelques paragraphes.

En premier lieu, d’où vient notre réaction au stress, évolutivement parlant ? De la nécessité de sauver sa peau ! Car lorsqu’un animal se retrouve face à un prédateur capable d’en faire son repas (l’agent stresseur), il ressent un fort stress psychologique qui l’incite à faire deux choses : prendre ses jambes à son cou et fuir ou, s’il est pris dans un coin sans issue, se battre avec l’énergie du désespoir. Dans les deux cas, il y aura de vastes remaniements nerveux et hormonaux pour allouer le plus de ressources possible aux muscles et au système cardiorespiratoire. Pour fuir ou lutter. Mais qui dit plus de ressources à certains systèmes dit forcément moins de ressources dans d’autres : les systèmes digestif, reproducteur ou immunitaire pâtiront ainsi pendant un court instant de cette réallocation nécessaire pour assurer la survie de l’organisme. Cela aura peu d’effet si la fuite ou la lutte élimine la présence du prédateur et que tout revient à la normale après ce stress de courte durée (ou « stress aigu »).

 

Même chose dans une troisième situation où un petit rongeur traversant un champ ouvert, par exemple, aperçoit un oiseau de proie au-dessus de lui. Ne pouvant ni fuir ni lutter, il fige sur place, en espérant que l’oiseau ne le verra pas. Si c’est le cas, encore une fois le stress aigu ne dure pas et le rongeur en est quitte pour une bonne frousse. Mais qu’en est-il s’il dure, c’est-à-dire si le stress devient chronique ? C’est là que les choses se compliquent.

Henri Laborit l’a montré avec une expérience remarquable, que l’on peut voir dans le film Mon oncle d’Amérique, d’Alain Resnais (1980). Si un rat qui reçoit des décharges électriques dans les pattes pendant sept minutes durant sept jours peut les fuir en sortant de la cage, il sera en parfaite santé au bout d’une semaine. De même, s’il ne peut pas fuir mais que l’on introduit un autre congénère dans sa cage, il se battra avec lui au moment de recevoir les chocs, et sera également en parfaite santé après sept jours puisque les remaniements hormonaux causés par le stress auront pu déboucher sur une action (la lutte avec le congénère), aussi inefficace fut-elle pour faire cesser les chocs. Mais si le rat qui reçoit les chocs est seul dans une cage fermée, et ne peut donc ni fuir ni lutter, il se retrouve en état d’inhibition de l’action pendant une longue période. Les ressources moindres allouées aux viscères et au système immunitaire durant toute cette période lui feront alors un tort considérable.

Ainsi en va-t-il de l’être humain prisonnier d’un travail qui l’aliène, mais qui ne peut ni le quitter pour des raisons économiques (fuite), ni étrangler son patron (lutte) parce qu’il aura des ennuis évidents avec la police… Il se retrouve alors comme le personnage de Ragueneau dans le film de Resnais, complètement inhibé dans son action, subissant le stress psychologique d’un nouveau petit chef dont il convoitait en plus le poste !

Mais le stress psychologique n’est pas l’apanage des humains. John Mason a en effet montré dès les années 1960 comment des facteurs sociaux peuvent être un stresseur important pour les singes. Sur huit singes, il cessa d’en nourrir deux pendant quelques jours et nota sans surprise une élévation de leur taux de cortisol, une hormone de stress bien connue. Mais il remarqua aussi que c’était lorsqu’il alimentait les six autres singes que les deux singes affamés, qui pouvaient le voir nourrir les autres, semblaient aller le plus mal. Il refit donc l’expérience avec d’autres singes, mais cette fois les animaux non nourris ne pouvaient pas voir les animaux nourris. Résultat : ils avaient faim, mais leur taux de cortisol n’augmentait pas !

Morale de l’histoire : ce qu’on appelle le stress « psychologique » est au moins aussi important que le stress physique, et lorsqu’il dure, ses effets biologiques sont aussi dévastateurs pour la santé. Sachant cela, toute situation mettant un animal humain ou non humain dans une situation de stress psychologique chronique soulève des questions éthiques graves. Imaginez ce que ça implique pour une majorité d’animaux d’élevages industriels et d’êtres humains pris dans un système économique axé sur la productivité et la compétition comme le nôtre…

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