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Les émotions au cœur du stress



Le CriLe stress mobilise trois niveaux d’affects très distincts. La peur, l’anxiété et l’angoisse désignent trois réalités différentes. Elles sont toutefois apparentées et peuvent aussi être considérées comme trois degrés d’un même état physiologique : la mise en jeu du système nerveux sympathique qui pousse à l’action quand celle-ci est impossible.

La peur est une émotion forte et intense éprouvée en présence ou d’une menace réelle et immédiate. Elle est stimulée par un système qui détecte les dangers et produit des réponses qui augmentent nos chances de survie face à cette situation dangereuse. Autrement dit, elle met en mouvement une séquence comportementale défensive. Chez l’être humain, elle peut aussi surgir à la pensée d’un danger potentiel. Les principales voies nerveuses à l’origine de cette réaction défensive qu’est la peur sont connues ainsi que les circuits du centre même de ce système d’alarme, l’amygdale.


L’anxiété est une émotion vague et déplaisante qui traduit de l’appréhension, de la détresse, une crainte diffuse et sans objet. L’anxiété peut être produite par diverses situations : une surabondance d’information qu’on ne parvient pas à traiter, la difficulté d’admettre certaines choses (comme la mort d’un proche), le manque d’information qui fait nous sentir impuissant, des événements imprévisibles ou incontrôlables dans notre vie, le sentiment de ne pas pouvoir faire face à un événement, etc.L’anxiété peut aussi résulter, et cela est proprement humain – donc issu d’un processus néocortical – de la construction imaginaire d’une situation qui n’existe pas mais qui est redoutée. C’est cette anxiété d’origine corticale qui peut être apaisée par des médicaments comme les benzodiazépines qui potentialisent l’effet du principal neurotransmetteur inhibiteur du cortex, le GABA.

Alors que l’anxiété passagère est normale et sans conséquence, l’inhibition de l’action dans laquelle nous met souvent une anxiété persistante peut mener rapidement à des états pathologiques. L’anxiété chronique peut aussi perturber les performances de plusieurs fonctions cognitives comme l’attention, la mémoire ou la résolution de problèmes.
Bien qu’elles aient une origine linguistique commune (angh de racine indo-européenne signifie serrer, comprimer), l’anxiété se différencie de l’angoisse par l’absence de modifications physiologiques (sensation d’étouffement, sueurs, accélération du pouls) qui ne manquent jamais dans l’angoisse. 

En effet, l’angoisse se caractérise par l’intensité du malaise psychique ressenti qui résulte d’une extrême inquiétude, d’un danger vague mais imminent devant lequel on serait désarmé et impuissant. L’angoisse survient souvent sous forme de crises qui sont très difficiles à contrôler. L’individu a alors du mal à analyser l’origine de son angoisse, et s’affole d’autant plus qu’il sent les palpitations, les sueurs et les tremblements l’envahir. L’angoissé se concentre alors sur le présent et ne peut plus assumer qu’une tâche à la fois. Il présente des signes de tension musculaire et respire avec peine et digère mal.

Alors que la peur est une émotion fréquente et naturelle, une peur qui se dérègle et s’emballe peut être à l’origine de plusieurs troubles anxieux. Ainsi, l’anxiété généralisée est une peur chronique sans déclencheur particulier. Les phobies sont des peurs spécifiques (araignées, foules, espaces clos, etc.) poussées à l’extrême. Les troubles obsessifs compulsifs comportent souvent une peur excessive de quelque chose, comme des microbes, qui pousse la personne à des rituels répétitifs pour s’assurer qu’elle ne rentrera pas en contact avec ce qu’elle craint. Les crises de panique impliquent le déclenchement soudain de symptômes physiques de détresse souvent associés à la peur d’une mort imminente.

Enfin, le stress post-traumatique survient souvent lorsqu’une situation ou un stimulus rappelle à une personne une événement traumatisant vécu longtemps auparavant mais qui lui semble tout à coup présent à nouveau.

Le trac ressenti avant d’affronter un public ou le stress qui nous envahit avant une épreuve investie d’un enjeu particulier sont aussi des formes d’angoisse. Angoisse que l’entrée en scène et l’action dissipent généralement.

L’angoisse peut donc aussi avoir un aspect positif si elle permet de mobiliser nos énergies pour donner le meilleur de nous-même à des moments clés. Mais encore une fois, elle devient nocive lorsqu’elle paralyse et empêche l’action.L’anxiété et même la crise d’angoisse ont sans doute pu avoir des effets bénéfiques du point de vue de la survie au cours de l’évolution de notre espèce. Si, par exemple, un de nos ancêtres se retrouvait à passer à un endroit de la forêt où il s’était déjà fait attaquer par une bête sauvage, il pourrait ne pas le remarquer consciemment, mais un sentiment d’anxiété ou d’angoisse initié par sa mémoire émotionnelle inconsciente pourrait l’inciter à ne pas traîner dans les parages. Même chose pour l’anxiété que suscite la nuit qui nous prive de notre vision : l’angoisse qu’elle peut susciter nous incite à se tapir au fond d’une grotte plutôt que de circuler sans souci dans la forêt et s’offrir en pâture aux prédateurs.

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