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Nous pensons selon deux formes

Nous fonctionnons sur deux systèmes de pensée

L’idée que notre pensée sous-tend des mécanismes de raisonnement de différentes natures est très ancienne. En fait, elle accompagne depuis toujours nos réflexions sur « l’architecture » de notre pensée. Ce qu’on appelle aujourd’hui les théories à processus duaux (« dual process theories », en anglais) s’inscrivent dans cette longue tradition. En gros, c’est l’idée que cohabitent dans notre cerveau deux grands types de processus cognitifs : un premier type rapide, automatique et inconscient ; un second plus lent, plus flexible et nécessitant un contrôle conscient.

La référence à un système de pensée se trouve immédiatement associée à la notion de conscience. On ne peut donc pas réfléchir sur l’existence d’un système de pensée sans se référer aux mécanismes neuraux qui sont à l’origine de la conscience.

Une première question : L’existence de systèmes de pensées recoupe-t-elle l’existence d’états de conscience différentiés ? Lesquels commencent à être sérieusement documentés par l’anthropologie et par les neurosciences.

Une deuxième question : La référence à l’Intuition comme attribut de cette pensée primaire est reprise par des psychologues et des pédagogues sans que l’objet intuition soit parfaitement défini.

Les théories en présence

La perspective historique proposée par Frankish et Evans montre bien comment l’idée d’un esprit humain partitionné s’est enrichie au fil des siècles. De la trilogie « raison, appétit et esprit » de Platon en passant par les « petites perceptions » inconscientes de Leibniz qui influencent notre expérience consciente, et jusqu’à l’apprentissage implicite de la psychologie des dernières décennies, les auteurs nous rappellent que ce n’est pas d’hier que l’on se doute que notre pensée consciente ne représente que la pointe de l’iceberg de nos processus cognitifs.

Aujourd’hui, le « système 1 » et le « système 2 », désignés ainsi par Stanovich en 1999, sont les étiquettes que l’on donne à deux grands systèmes de pensée qui cohabiteraient dans le cerveau humain.

On s’entend maintenant pour dire que le système 1 aurait les origines évolutives les plus anciennes et que nous le partagerions avec les autres animaux. C’est un système de connaissances implicites avec un fonctionnement en parallèle rapide et automatique, pouvant traiter intuitivement beaucoup d’éléments dans leur contexte. Il semble aussi plus résistant à certaines maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer.

Le système 2 possède des caractéristiques opposées. Apparu plus récemment au cours de l’évolution, ses connaissances sont conscientes et explicites. Son contrôle séquentiel est cependant plus lent et de capacité moindre, mais plus flexible et capable d’abstraire les éléments de leur contexte. Ces deux dernières caractéristiques lui confèrent un avantage certain en termes de prédiction du futur et d’adaptation à la nouveauté.

 

Mais ce système 2 derrière notre petite voix intérieure, celle qu’on associe à notre libre arbitre, est toutefois constamment en pourparlers secrets avec les processus inconscients du système 1 qui serait, selon plusieurs auteurs, le système dominant par défaut. Une conception de l’esprit humain qui soulève donc de nombreuses questions, par exemple au niveau légal, nos lois étant basées sur la responsabilité individuelle… et consciente !

Ces processus de « dialogue » entre deux pensées supposent la présence d’un état de conscience vigile doté de mémoire.

Cependant, cette pensée consciente et les décisions qui en découlent n’impliquent pas seulement des raisonnements abstraits ou en écho à une pensée qui serait implicite, petite voix ou intuitive. Il semble que les processus en œuvre soient plus complexes. Pour Antonio Damasio, on ne peut penser la conscience sans y inclure le constant monitoring d’une boucle affective au sein de laquelle le cerveau et le corps se répondent continuellement (par le système nerveux végétatif, le système endocrinien, etc.).

Damasio défend l’idée que nos pensées conscientes dépendent substantiellement de nos perceptions viscérales. Pour lui, la conscience se construit à l’écoute du milieu somatique intérieur (notamment via l’insula), et ce monitoring a évolué parce qu’il nous permet d’utiliser ces états somatiques pour marquer, ou si l’on veut, évaluer, les perceptions extérieures.

D’où son concept de marqueur somatique qui décrit la façon dont les perceptions du monde extérieur interagissent avec les émotions du monde intérieur.

Sources

Sur la conscience : Le Cerveau à Tous les niveaux, Les références à cet excellent site sont incluses dans le texte.

Dual System Theories of Cognition, Some Issues

Mots clés associés
Dual-Process Theories, Pensée intuitive, Heuristiques de jugement, Résolution de problèmes, Mathématiques

Illel Kieser el baz

Illel Kieser el baz, accompagne des rescapés de traumas depuis plus de 40 ans.

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