Le rôle de l’Insula

Mieux comprendre certains troubles post-traumatiques

Afin de mieux appréhender les séquelles post-traumatiques, notamment les troubles dissociatifs et les altérations émotionnelles consécutives de trauma, il convient de comprendre comment s’opère la régulation des émotions, de la mémoire en relation avec les fonction conscientes.
Ainsi on ne peut appréhender ce que l’on nomme « état dissociatifs » chez les sujets souffrant de psychotraumatismes à l’aune de la psychopathologie. On doit faire une distinction très nette entre les troubles psychiatriques parfaitement documentés et connus et les troubles post-traumatiques qui, certes, présentent des similitudes avec les premiers mais ne sont nénamoins pas réductibles aux mêmes approches. De nombreux patients ayant subis des traumas sexuels dans l’enfance ou à l’âge adulte seront diagnostiqués plus tard bipolaires, schyzophrènes affecifs (?), etc. Évaluation qui laisse présager la lourdeur des traitements qui s’ensuivront et surtout leur durée. On leur promet le plus souvent un traitement à vie. L’expérience des troubles psychotraumatiques montre que la cautérisation de ces troubles permet à terme un confort de vie sans le soutien des lourds traitements psychiatriques souvent nécessaires à vie dans le cas de psychoses.

Qu’est-ce qui est impliqué par un trauma quand le sujet est mis face à la mort ? L’expression “face à la mort” n’est pas surfaite. Lors d’un viol, d’une agression physique de grande violence, le sujet soumis au déchaînement de l’autre n’a pas d’autre recours que “faire le mort” pour éviter le pire.
La sidération ! La conscience est sidérée. Les instances de contrôle conscient ne sont plus opérantes.
Par suite des fonctions instinctives primaires de survie et de sauvegarde se mettent en place.

Elles sont mises en jeu grâce à l’Homéostasie de base qui cherche à retrouver l’équilibre antérieur de l’organisme.
Mais, par la suite, que se passe-t-il ? La conscience de soi garde en memoire une partie des faits traumatiques mais la mémoire dite autobiographique de l’événement fait plus souvent défaut.
Il se consitue alors un Complexe Autonome doté d’énergie, celui-ci est enkysté dans les tréfonds de la psyché globale – Damasio utilise le terme Organisme au sens global sans distinction Psychique/somatique ; – comme un agent chargé de menaces. Il se mettra en action à l’insu de la conscience à des moments singuliers, tous mis en éveil par un facteur sensoriel analogue à un autres facteurs présent au moment du trauma : odeur, couleur, lumière, bruits, etc. Ce complexe autonome libère alors sa charge d’énergie e perturbant plus ou moins fortement l’équilibre du moment. Cela peut aller jusqu’à des moments où la conscience semble se dissocier d’une partie d’elle-même, semblant alors mener une vie autonome. Cela peut aller si loin que le sujet se représente parfois distinct de lui-même… Il se voit ailleurs qu’en lui-même.
La communauté psychiatrique nomme cela dissociation ou à l’extrême déréalisation. Soi devient irréel, étranger.
Sans revenir sur les différents degrés de ces états voyons d’abord ce qui se passe « En Soi ». Le sujet est déconnecté de ses supports sensoriels et émotionnels. Son moi conscient paraît en suspend. Situation fortement angoissante quand l’on n’a pas appris à naviguer à travers différents états de conscience. Ce que certaines techniques permettent d’appréhender de manière contrôlée.
Le sujet paraît déconnecté de ses émotions propres, de ses perceptions. Cela peut fort bien être associé à une hyper sensibilité – hyper réactivité émotionnelle – car l’organisme continue de fonctionner pour rétablir l’équilibre homéostasique.
Mais quelquechose du fonctionnement de l’organisme s’est vraiment dissocié de la conscience qui assure d’ordinaire l’unité de l’être.
Dans ce scnéario sont impliqués les organes des sens, les émotions qui sont des programmes d’action orchéstrés par l’hippocampe et la réception que le sujet conscient en fait.
L’hippocampe tient lieu ici de membre Attentif d’un programme de réaction au facteur traumatique. Et le programme d’action – qui résulte de l’état émotionel – doit maintenir l’équilibre homéostasique. C’est-à-dire le maintien en ordre de marche l’ensemble de l’organisme.

Les neurosciences nous apprennent que l’évaluation des troubles post-traumatiques se fait d’abord en connaissant l’activité des noyaux cérébraux impliqués dans la régulation des émotions et de la mémoire. On postulait jusqu’à il y a peu le rôle fondamental et unique de l’amygdale et de l’hipocampe mais un tiers gêneur a été mis en avant par A. Damasio. Il s’agit de l’Insula. Il y avait une logique à cela. L’amygdale régule la réaction aux facteurs traumatique pendant que l’hipocampe ramène le fonds des expériences passées. c’est ce qui permet à l’organisme de réagir selon des paramètres cognitifs déjà mémorisés. Qaund l’hipocampe ne permet d’avoir recours à ce type de mémoire, la machine s’affole.

Anatomiquement qu’est-ce que l’insula ?

L’Insula porte différents noms : cortex insulaire, lobe insulaire voire cortex insulaire.  Cette structure étonnante est située dans les plis du cortex qui est la couche supérieure du cerveau.

Cette minuscule structure est restée énigmatique et délaissée jusqu’à l’apparition des technologies d’imagerie cérébrale. Pour cette raison, l’insula est restée longtemps cachée dans les profondeurs du cortex. Les chercheurs l’ont longtemps laissée de côté car minuscule et logée au creux du Cortex cérébral elle ne semblait pas avoir d’influence sur les processus cognitifs et les fonctions dites supérieures.

Grace à ces technologies, nous sommes maintenant en mesure d’explorer l’activité importante de cette structure.

Tous les mammifères ont un cortex cérébral. Ce cortex cérébral est la couche la plus externe du cerveau, elle est relativement plus récente dans le processus de l’évolution que les autres couches du cerveau. Grâce aux technologies d’imagerie cérébrale, nous sommes maintenant conscients du fait que cette couche étonnante appelée cortex cérébral est liée à des processus intellectuels comme la cognition, les émotions, les comportements et les pensées complexes.

Son emplacement au sein du cerveau 

L'insulaAu creux du Cortex cérébral se loge la fissure de Sylvain . Cette région particulière du cerveau sépare fondamentalement les lobes frontaux, pariétaux et temporels du cerveau, mais nous sommes plus préoccupés par l’emplacement du cortex insulaire.

L’insula est située à l’intérieur de la fissure Sylvain, si profondément qu’il était presque impossible pour les scientifiques et les chercheurs de connaître l’importance de cette région dans l’élaboration des processus cognitifs résultant des facteurs sensoriels et émotionnels.

Antonio Damasio a changé notre approche de l’Insula

Antonio Damasio a montré pour la première fois que le cortex insulaire ou l’insula joue un rôle fondamental dans la cartographie des états somatiques.

Les neuroscientifiques divisent l’insula en deux régions distinctes ; l’une est la grande insula antérieure et l’autre est la petite insula postérieure. La petite insula postérieure est elle-même subdivisée en plusieurs parties.

 

Quelle est la fonction de l’insula?

L’Insula permet une cognition émotionnelle reliée aux expériences physiologiques/sensorielles, y compris intérocpetives. Par exemple, une douleur dans n’importe quelle partie de notre corps met en éveil les neurones spécifiques de l’Insula et ils permettront à la Conscience de reconnaître cette douleur comme sensation désagréable. A. Damasio a été le premier à faire la part belle à l’Insula à partir de ses hypothèses sur la fonction des marqueurs somatiques liés aux émotions. (Voir sa stricte définition de l’émotion, IbK)
Damasio a en effet proposé que cette région du cortex permettrait de cartographier nos états viscéraux qui sont associés à des expériences émotionnelles, donnant ainsi naissance à un sentiment conscient. Ces travaux s’inscrivent dans le courant de  la cognition incarnée où la pensée rationnelle consciente ne peut être séparée des émotions et de leur incarnation dans le reste du corps.

Imaginez un monde où vous ne pourriez pas savoir ce qui arrive à votre corps. C’est grâce à l’insula que nous savons comment réagir lorsque notre corps ressent des émotions différentes car l’Insula nous permet de les ressentir. De toute extrême importance pour comprendre certains états dits dissociatifs.

Tout dommage à l’insula signifierait que nous ne pourrions faire la différence entre toutes nos émotions. Notre vie interoceptive serait baignée dans un brouillard de valence uniforme.

Les fonctions du cortex insulaire

  • Le cortex insulaire nous aide à percevoir la douleur. Par exemple, si vous vous faites mal au gros orteil, c’est l’insula qui vous dira que vous ressentez une douleur à cet endroit précis ;
  • L’Insula nous aide à profiter des émotions de base allant du bonheur, de la joie, de la colère et du dégoût. Sans l’aide du cortex insulaire, nous ne pourrions pas vivre ces émotions de base ;
  • D’un autre côté, l’insula est responsable des habitudes de dépendance. Les troubles obsessionnels compulsifs peuvent découler d’un dysfonctionnement du cortex insulaire ;
  • Si nous sommes en mesure de connaître consciemment nos états corporels c’est par l’intermédiaire de l’insula. Ainsi la perception des fonctions viscérales comme, par exemple, les battements du cœur c’est grâce au cortex insulaire. De même si nous percevons la chaleur, c’est toujours grâce à l’activité de l’insula ;
  • Le lobe insulaire contribue dans une certaine mesure au contrôle sensori-moteur ;
  • Par ailleurs, c’est par le biais du cortex insulaire que nous avons la perception de « nous-même ». Le  « je le suis » ;
  • Si nous sommes capables de lire nos propres émotions et en avons la perception, l’Insula toujours.

Les particularités du cortex insulaire et les neurones VEN

L’Insula est bien située pour intégrer de l’information relative à l’état du corps et rendre cette information disponible pour des processus cognitifs et émotionnels d’ordre supérieur. L’insula reçoit par exemple des inputs sensoriels «homéostatiques» – voir à ce sujet les développements fondamentaux de A. Damasio sur l’homéostasie comme fonction de base dans les processus de l’évolution mais aussi dans les processus d’invention et de création des cultures – par l’entremise du thalamus, et elle envoie des outputs à plusieurs structures reliées au système limbique, comme  l’amygdale et l’Hipocampe. D’où l’importance de l’Insula dans les processus de restauration des fonctions lésées par un trauma intense, dans sa durée ou sa violence brève. (Importance de la Valence) Ces trois structures, Insula,  amygdale et Hipocampe rendent nos fonctions cognitives plus pertinentes que celles des grands singes.

Mais ce n’est pas sa seule particularité. L’insula est  associée aux processus de douleur ainsi qu’à plusieurs émotions de base comme la colère,  la peur le dégoût, la joie ou la tristesse. La portion la plus antérieure est considérée comme faisant partie du  système limbique. L’insula serait aussi grandement impliquée dans les désirs conscients, comme la recherche active de nourriture ou de drogue Ce qu’il y a de commun dans tous ces états, c’est qu’ils affectent le corps entier en profondeur.
Ce qui tend à renforcer son rôle probable dans la représentation que nous nous faisons de notre propre corps – dans le passé, le présent et le futur, mais aussi dans l’espace – ainsi que dans l’aspect subjectif de l’expérience émotionnelle. (Cf. Damasio, L’autre moi-même)
L’autre particularité majeure de  l’insula est la présence d’un type de neurone que l’on retrouve seulement chez les grands singes et chez l’humain. Il s’agit de  grandes cellules nerveuses allongées en forme de cigare appelées VEN. On ne retrouve ce type de neurone que dans l’insula et le cortex cingulaire antérieur. Ces neurones établissent des connexions avec diverses parties du cerveau – dont le système limbique, un facteur essentiel pour l’élaboration des fonctions supérieures qu’on attribue désormais à ces deux structures cérébrales : insula et cortex cingulaire antérieur.

L’Insula et le Cortex cingulaire antérieur

Cortex cingulaire antérieurLe cortex cingulaire antérieur joue un rôle majeur d’interface important entre l’émotion et la cognition – donc entre l’Insula, l’amygdale et l’Hipocampe, plus précisément dans la transformation de nos sentiments en intentions et en actions. Il est impliqué dans des fonctions supérieures comme le contrôle de soi sur ses émotions, la concentration sur la résolution d’un problème, la reconnaissance de nos erreurs, la promotion de réponses adaptatives en réaction à des conditions changeantes. Des fonctions qui toutes impliquent un lien étroit avec le ressenti émotionnel tel que A. Damasio nous l’expose. Les neurone cigares ou VEN jouent un rôle essentiel dans le phénomène d’empathie. William Hutchinson de l’Université de Toronto a montré en 1999 que ces VEN s’activent dès qu’un sujet voit un autre sujet réagir à un impact douloureux. Dans l’expérience de Toronto il s’agissait de piquer un sujet avec des aiguilles. C’est aussi pourquoi ces neurones spécifiques sont appelés neurones miroirs. Ils jouent donc un rôle essentiel dans la socialisation des sujets que nous sommes, grands singes compris. D’où l’étrange conclusion que l’on pourrait en tirer : il n’existe pas de frontière entre Moi/sujet et l’Autre.

Dans une brève conclusion nous dirons que l’approche des séquelles traumatiques imposent une meilleure approche des processus cognitifs en lien avec la chaîne facteurs sensoriels/ressentis d’émotions.
Et comme l’organisme est unitaire ces séquelles ne sont pas sans lien avec les dysfonctionnements des systèmes immunitaires, nerveux entériques et nerveux périphériques.
On est loin de pouvoir les réduire à des causes uniques ou à quelques liens parcellaires entre différents modules cérébraux.

 

D’après :

The Human memory, <https://human-memory.net/insula/>

et le Cerveau à tous les niveaux, Cartographie des états de conscience, <http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_12/i_12_cr/i_12_cr_con/i_12_cr_con.html>

Les images sont extraites de ces deux sites.

Références hors texte

  1. MUFSON, E; MESULAM, M; PANDYA, D (1 July 1981). “Insular interconnections with the amygdala in the rhesus monkey”. Neuroscience. 6(7): 1231–1248. doi:10.1016/0306-4522(81)90184-6PMID 6167896.
  2. Craig AD, Chen K, Bandy D, Reiman EM (2000). “Thermosensory activation of insular cortex”. Nat. Neurosci. 3(2): 184–90. doi:10.1038/72131PMID10649575.
  3. JAKAB, A; MOLNAR, P; BOGNER, P; BERES, M; BERENYI, E (1 Oct 2011). “Connectivity-based parcellation reveals interhemispheric differences in the insula”. Brain Topography. 25(3): 264–271. doi:10.1007/s10548-011-0205-yPMID 22002490.
  4. ab c Johannes Sobotta. “Sobotta’s Atlas and Text-book of human anatomy 1909”. p. 145. Retrieved November 10, 2013.
  5. “Definition: ‘Circular Sulcus Of Insula’”. MediLexicon. Retrieved 2012-03-30.
  6. Bauernfeind A; et al. (Avril 2013). « Une comparaison volumétrique du cortex insulaire et de ses sous-régions chez les primates » . Evolution humaine. 64  (4): 263-279. doi : 10.1016 / j.jhevol.2012.12.003PMC 3756831PMID 23466178

Illel Kieser el baz

Illel Kieser el baz, accompagne des rescapés de traumas depuis plus de 40 ans.